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La matinale Victorino Martin
Le salut de l'artiste

L'histoire retiendra que la dernière vache écartée par Didier Goeytes s'appelait Barbacana, qu'elle venait de l'élevage de Victorino Martin, le pape des ganaderos espagnols, qu'elle portait le numéro 401 et qu'elle était née en février 2004.
Dimanche matin, le 13 septembre, il était midi passé quand Didier Goeytes s'est présenté devant elle. Trois écarts pour l'attaquer. Le saut de Louis Ansolabéhère et un dernier écart pour l'histoire. Un écart de ruse.
Un écart préparé depuis ce jour de septembre 1979, à Saint-Loubouer. Didier Goeytes avait 14 ans. Ce jour-là, il écartait Segosita, une vache de Dargelos. En 1985, il commençait ensuite une grande carrière chez Labat au cours de laquelle, il a tout gagné dont ces trois titres de champion de France en 1989, 1990 et 1999. Cette année-là, il remporta aussi le concours de Dax. Dans ces arènes, il écarta également un toro de Samuel Florès dont le frontal trône aujourd'hui dans sa maison de Tartas.
Sa carrière officielle s'est achevée chez Michel Agruna en 2000. Depuis, Didier Goeytes est devenu président de la commission de la course landaise de Dax et bien sûr, il a continué d'écarter vaches et toros. La dernière grande sortie avait lieu à Pomarez lors du 20è festival Art et Courage. Les choses ne sont pas très bien passées. Après un immense écart devant un toro en 2007 lors de la première nuit du toro à Dax en ouverture de Toros y Salsa, Didier voulait finir en beauté. C'est ce qui s'est passé dimanche matin.

Dimanche, en effet, était organisée la Matinale Victorino. Douze vaches du ganadero espagnol pour huit écarteurs et deux sauteurs landais. Cet événement inédit était organisé par le ganadero Henri Tilhet, patron de la ganaderia Dargelos de Saint-Sever et la Ville de Dax. Le succès était au rendez-vous.
Devant une arène presque pleine, les acteurs ont offert des sorties de choix devant des vaches dont la plus jeune avait cinq ans et la plus ancienne, onze. Victorino Martin, père et fils, étaient ravis. "Heureux, heureux, heureux", comme disait Henri Tilhet qui ne l'était pas moins qu'eux. Heureux de voir un tel engouement populaire (le même que pour les Master des vaches sans corde en juillet et que pour le concours landais en août).
Heureux aussi, certainement, de constater quelle aficion anime ces hommes hors du commun que sont les écarteurs et les sauteurs landais.

Accompagnés par la musique des Gatchos de Peyrehorade, Bertand Lafaye, Loïc Lapoudge, Damien Gaillères, Baptiste Bordes, Gaëtan Labaste, Jean-Pierre Dumecq, Mathieu Noguès ont fait le spectacle. Même Didier Bordes a remis les gants. Deux écarts pour le plaisir. Deux écarts pour Didier. Chez les sauteurs Louis Ansolabéhère et Nicolas Gachie ont dessiné de magnifiques arabesques au-dessus des cornes emboulées. Barbacana, elle, est sortie cornes nues. Grand moment d'émotion. On pensait alors aux textes de Joseph de Pesquidoux, l'académicien français du début du siècle dernier, qui écrivit sur la course et sur ces vaches sans protection qui blessaient alors cruellement les hommes.
Sous les yeux de son fils Maxime, le prénom que portait en piste le père de Didier qui fut le premier champion de France des écarteurs en 1954 si nous ne nous trompons pas et aussi sous les yeux d'Alexia sa fille et de Patricia , sa femme, le grand écarteur qui a déjà une statue de son vivant dans le parc des arènes a mystifié son adversaire qui n'était pas la plus facile du lot.

Puis ce fut le temps des adieux et des récompenses. Didier a reçu un trophée des mains de Gabriel Bellocq maire de Dax et de Jacques Pène, maire-adjoint chargé des fêtes. Ses camarades de la commission de la course landaise lui ont offert une canne à pêche. Ses enfants lui ont offert un bouquet de fleurs. Didier est sorti par la grande porte des arènes.

L'histoire était finie. Bien sûr, il y aura d'autres écarts ici ou là, pour des jubilés, des hommages, des retirades, des uns et des autres. Mais désormais, la grande saga est terminée. Une heure avant le paseo et sa toute dernière Cazérienne, Didier avouait: "ça va, ça va mais je dois dire que j'ai passé une mauvaise nuit, j'ai pensé à cette vache corne nue et cela m'a empêché de dormir".
Désormais, Didier peut dormir tranquille et même faire de très beaux rêves en faisant défiler une carrière pleine de succès et d'élégance. L'histoire est finie. Saluons Didier Goeytes.

Photographies Serge Lafourcade

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